Seniors au chômage le chemin de croix
Alors que la réforme des retraites passe aujourd’hui en Conseil des ministres, avec pour mesure emblématique le recul de l’âge légal de départ à 62 ans, certains seniors ont toujours du mal à trouver un emploi, comme l’a concédé récemment le chef de l’Etat sur France 2. Rencontre avec Marianne Dagorn (1), 57 ans, habitant dans le Léon, qui, après avoir travaillé presque 37 ans dans la même entreprise, a été licenciée l’année dernière. Avec la réforme telle qu’elle est envisagée actuellement, elle devrait encore travailler pendant quatre ans avant de prendre sa retraite. Une recherche d’emploi qui n’est pas sans obstacles.
Moins de 40 % des 55-64 ans bénéficient d’un emploi en France, ce qui représente le taux le plus faible d’Europe. Or, la récente réforme des retraites prévoit qu’à l’horizon 2012, il faudra compter 41 ans de cotisation pour pouvoir toucher une retraite à taux plein. Ce qui signifie, pour les seniors sans emploi, un allongement de ce chemin de croix que peut devenir la recherche d’un travail. Ainsi, Marianne Dagorn, licenciée après avoir travaillé 37 ans dans la même entreprise, se voit dans l’obligation de travailler jusqu'à 61 ans pour pouvoir toucher sa retraite. « J’ai postulé dans le coin à droite et à gauche, mais je n’ai pas eu de réponses », indique-t-elle. Après six mois de chômage, elle tombe sur une offre d’emploi de « cueilleur de fraises ». L’entreprise propose un contrat saisonnier de 25 heures par semaine en Contrat unique d’insertion (CUI), un contrat aidé par l’état et payé au Smic horaire. Ayant le droit de prétendre à ce type de contrat en tant que senior de plus de 55 ans, elle postule et se fait embaucher pour six mois. Pôle emploi lui verse un complément de salaire au regard des droits d’allocations chômage dont elle bénéficie depuis son licenciement. Son nouveau travail consiste à tirer les hampes de fraises en hauteur, sachant qu’un certain quota de fruits par jour doit être atteint.
Des arrêts de travail qui en disent long
Mais après quelques semaines de travail, Marianne se trouve en arrêt pour une fracture du métatarse qu’elle a contractée chez elle. Son arrêt est d’une durée de cinq semaines, au cours duquel on lui découvre une « capsulite » à l’épaule. « C’est le stress du licenciement, concède-elle. Le corps réagit. Je vois bien autour de moi, toutes celles qui ont été licenciées, comme moi, ont des problèmes de santé. » Son arrêt est prolongé d’un mois. Entre-temps, elle découvre aussi qu’elle a été radiée de Pôle emploi, étant en arrêt maladie...
Pourtant, Marianne se résout à l’idée de travailler encore pendant quatre ans, même si le corps ne suit pas toujours la volonté de l’esprit. « Je vais essayer d’aligner deux ans de travaux à mi-temps », indique-t-elle. « Il faut que je trouve un plein temps ou des contrats de 25 heures, sinon je suis perdante. » Une fin de carrière qui est loin de ressembler à un long fleuve tranquille…
Développer l’emploi des seniors ?
Avec cette réforme des retraites, Eric Woerth entend développer l’emploi des seniors. Le projet de loi prévoit ainsi une aide à l’embauche, sur une durée d’un an, pour les recrutements de seniors demandeurs d’emploi de plus de 55 ans. Il entend également favoriser le tutorat entre les seniors et les jeunes, afin de faciliter le transfert de savoir avant que le senior ne parte à la retraite.
Il n’est pas le premier à vouloir s’attaquer à ce chantier. Dominique de Villepin avait, lui aussi, tenté d’inventer, en parallèle du fameux CPE, un contrat de mission de trois ans dédié aux seniors. Mais il n’a pas eu le succès escompté. Qui a dit, hier soir, que les préretraites allaient être de plus en plus difficiles à mettre en œuvre… ?
(1) Le nom a été changé pour préserver l’anonymat de cette personne.
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